Chasse aux bartavelles des montagnes du Kirghizistan.

BARTAVELLES DE L’EXTREME :

 

 

De mon temps, quand on était en Terminale et qu'on apprenait les 15 Républiques Socialistes de l'Union Soviétique, on faisait à peine attention à l'une d'entre elles, la Kirghizie. Surtout je m'imaginais encore moins y aller chasser un jour ! Depuis l'URSS a disparu, cette petite république d'Asie Centrale est devenue indépendante et s’appelle le Kirghizstan. Ce qu’on ne vous apprend pas non plus c’est que ce pays est le véritable ''Eldorado'' du chasseur de bartavelles, en l'occurrence la chukar (alectoris chukar) ou encore la ''keklik'' comme disent les locaux.

 

Il y a très peu de différence avec ''notre''  bartavelle alpine (alectoris graeca) d'un point de vue morphologique : quelques plumes bleutées au dessus des ailes et du beige à la place du blanc au niveau de la gorge. La première note du chant ressemble à celle d'un poulet puis ensuite cela se rapproche de la perdrix rouge, en tout cas rien à voir avec le cri aigu de la perdrix royale. Par contre, le cri d'effroi à l'envol est presque pareil.

 

Là où s'arrête la comparaison, c'est quand on évoque les densités. Dire qu'il y a des bartavelles au Kirghizstan serait un peu comme dire qu'il y a des étoiles dans le ciel, cela dépasse tout simplement l'entendement ! Il y en a de partout, en grandes quantités, et sont totalement sauvages bien sûr (point de lâchers le matin de cocottes ou de « gallinette cendrée »). J'ai rarement vu une compagnie en dessous de 10 oiseaux, le plus souvent c'était 15 ou 20, la plus grosse devait avoisiner les 50 !

 

Les paysages sont grandioses, le terrain plutôt difficile mais pas inabordable. Un chasseur de petit gibier de montagne ne sera pas surpris mais pour les autres ce sera un peu plus dur. De toute façon le guide adaptera toujours les parcours en fonction des capacités physiques de chacun. Mais ce qui est clair, c'est qu'il vaut mieux être en forme et entrainé pour profiter au maximum des joies de ce paradis cynégétique. ! Pas de problème pour le mal des montagnes, l'altitude se situe entre 1 300 et 2 000 mètres.

 

Je n'ai pas eu de regrets de ne pas avoir amené mon jeune setter, à l’époque pas encore confirmé, pour deux bonnes raisons : la difficulté de chasser 5 jours en haute montagne sur un terrain abrasif (l'idéal est de partir avec un ami et deux chiens pour pouvoir faire des relais). Ensuite, les traumatismes d'un long voyage en soute.

 

Tous les jours le rituel est immuable : A partir de 8 heures le matin, on chasse dans des petites vallées où coulent des torrents et les chukars descendent pour s'y abreuver, avant de remonter tranquillement dans les barres rocheuses. Ca chante de tous les côtés et on en voit beaucoup piéter à grande vitesse ou alors vous toiser de loin sur les rochers inaccessibles. Retour au camp pour déjeuner vers 13.00. L'après-midi, vers 15.00 et sur une autre zone, c'est plus calme et les oiseaux bougent moins. Cela dit, dès que vous pénétrez dans leur espace, des chants retentissent et trahissent leur présence ! Bien souvent elles sont hors d'atteinte et c'est évident qu'avec un chien cela serait une autre histoire, mais on réussit toujours à en voir malgré tout !

 

Après un voyage sans histoire vers la fin septembre, Paris-Istanbul (3 heures) et Istanbul-Bichkek (5 heures) me voila dans les salons VIP de l'aéroport international en pleine nuit. Pour un prix de 40 dollars, il n'y a qu'à sagement attendre, confortablement assis, qu'on vous ramène votre passeport avec votre visa et l'aventure peut commencer ! Au passage, aucun souci pour faire rentrer mon automatique Beretta, on vous fait juste signer quelques papiers. On ne m'a même pas demandé d'ouvrir la mallette de transport ou de montrer la carte européenne d'armes à feu. Mon chauffeur et mon interprète m'attendent dehors et deux heures de route en Lada Niva pour rejoindre le camp dans les montagnes.

 

Réveil à midi et première sortie est programmée à 16.00. On monte tranquillement avec Alexander, mon guide de chasse, depuis dix minutes quand la première compagnie éclate sur ma droite. Calmement, je réalise mon premier doublé et je remets ça sur une autre grosse compagnie une centaine de mètres plus haut. Au total je vais attraper 7 bartavelles (avec 2 perdues, malheureusement). A priori il n'y a pas tromperie sur la marchandise, tout ce qui se dit sur le Kirghizstan est vrai ! Avant de partir le truculent Patrick Mortigliengo ( Chasse-Asie 06.15.91.26.49), m’a dit la chose suivante : « les bartavelles que tu vas voir en une matinée, il te faut dix ans pour les voir chez nous » !

 

Le lendemain matin va être du même acabit avec 3 doublés et l'après midi un de perdrix grises de Daourie. Cet oiseau est quasiment le même que chez nous sauf que le ''fer à cheval'' sur la poitrine du mâle est d'une couleur marron très foncé, presque noir, au lieu de marron clair.

 

Le troisième jour commence mal car je suis un peu malade, peut être plus l'habitude de manger trop richement le matin ! J'ai les jambes un peu flageolantes, mon guide m'encourage et se propose de porter mon sac. Soudain, le fracas assourdissant d'une compagnie monstrueuse d'une cinquantaine d'individus, mes trois coups ne font qu'enlever quelques plumes et pas un ne tombe !  Il y en avait tellement que je suis redevenu jeune chasseur débutant qui se laisse impressionner par le bruit !

 

La motivation va quand même venir car, après un beau doublé un peu plus haut, je vais faire une rencontre inattendue. On monte avec un petit torrent sur ma droite qui ne paye pas de mine. Un oiseau décolle et Alexander me crie en français : ''bécasse  '' ! Je vois où elle se pose et quand on avance deux autres décampent sur ma droite en plongeant comme des bartavelles. Je tente le doublé, je loupe la première et on dirait que la deuxième a pris du plomb mais elle ne tombe pas ! Je recharge comme je peux avec du 5 et celle que j'avais vu se poser prend son essor et n'aura pas la chance d'aller bien loin. On récupère le bel oiseau et quand on reprend le chemin une compagnie de chukars me fait rappeler que je suis venu là pour ça. Je les vois à peine mais je peux en prendre une malgré tout. On redescend tranquillement quand un faucon s'envole à quelques mètres de nous en laissant sa proie par terre. Quelle surprise de voir que c'est une bécasse et peut être celle qu'il me semble avoir atteint quelques minutes avant ? Je récupère les plumes du peintre et laisse ce met de gourmet à l'appétit vorace du rapace qui attendait un peu plus loin notre départ impatiemment ! Quelle matinée, d'un seul coup on oublie ses petits ennuis de santé !

 

J'ai toujours été fasciné par la bartavelle depuis ma plus tendre enfance après avoir lu la Gloire de mon père de Pagnol et du fameux doublé. De par mes lectures cynégétiques, je connaissais aussi l'existence de la chukar et me souviens d'avoir réussi à placer dans une rédaction, en classe de troisième, une situation les mettant en scène pour raconter les tribulations d'un berger des montagnes d'Iran.

 

Un après midi j'ai pu faire un triplé d'anthologie et en coup du roi de surcroît ! Marche d'approche dans une forte pente et une compagnie me plonge dessus à une vitesse supersonique. Un coup à droite, à gauche et de nouveau à droite, trois boules de plume basculent et tombent à mes côtés ! Alexander est accroupi et me félicite en levant son pouce. J'aurai le bonheur d'en effectuer 2 autres ainsi que 8 doublés.

 

Le dernier jour va être mémorable et mon guide me fait plaisir en me ramenant sur la zone où j'avais vu les bécasses. D'abord 2 chukars pour commencer, puis un triplé et me voila devant le torrent magique, tous mes sens en alerte ! Une petite fusée décolle et s'effondre au deuxième coup avec du 5, une bécassine double ! Même pas 100 mètres plus haut 2 oiseaux prennent la poudre d'escampette à la montée. Une bécasse tombe au premier coup et le deuxième volatile accuse le coup. Je recharge et avance quand un aigle s'envole avec une bécassine dans ses serres ! Je ne l'ai pas vu voler ni encore moins d'attaquer en piqué, donc peut être qu'il était branché, ou par terre, et qu'il m'a volé ma proie en douce ! Je ne saurai jamais si j'ai réalisé ce doublé insolite bécasse-bécassine, mais c'est plus que probable ! On redescend et, cerise sur le gâteau, une autre bécasse me part dans le dos. Sans trembler, je la laisse s'éloigner et mon coup de 5 la stoppe. Le nombre de fois où je prenais les premières cartouches qui venaient avec toute cette excitation en mélangeant le 7.5, le 6 ou le 5 ! Au passage, les munitions achetées sur place sont de très bonne qualité avec une nette préférence pour celles fabriquées au Kazakhstan, les russes me paraissaient moins performantes.

Bien sûr les bécasses prises comme cela n'ont pas la même saveur qu'avec mon chien à l'arrêt, dans les règles de l'art, mais quel souvenir quand même car, à cette période de l'année, c'est plutôt exceptionnel ! Le Kirghizistan est aussi réputé pour la dame au long bec mais en Octobre/Novembre.

 

Avant de venir j'avais envisagé de tenter une chasse sur le tétraogalle de l'Himalaya mais il faut monter beaucoup plus haut en altitude et, avec ce que je me suis pris dans les jambes, je n'ai pas voulu prendre le risque de perdre une journée de chasse en étant limité physiquement. Cet oiseau est un phasianidé qui n'appartient donc pas à la famille des tétraonidés, ça ressemble plus à  une énorme bartavelle (entre 2.5 et 3 kilos) qu' à un coq de bruyère. Son habitat se situe dans des hauts pierriers et des pentes vertigineuses à partir de 3 500 mètres jusqu'à 5 000 mètres. Vivant en compagnie, il est très méfiant en s'envolant de loin et requiert un tir difficile après des heures de marche. Rien que pour ce défi, digne des écrits d'Alpinus qui assimile chaque pièce de gibier de montagne tombée à une conquête, cela justifiera un retour au Kirghizstan !

 

Sinon, l'organisation est tout simplement parfaite. Le chalet est rustique mais confortable. C’est un peu folklorique pour se laver dehors dans le sauna avec des bassines d’eau chaude, et les toilettes sont dans la cabane au fond du jardin. La nourriture locale est tout simplement excellente et abondante, ce qui permet de bien recharger les batteries : un grand moment que des raviolis faits main à la viande d’agneau et que dire d’un barbecue de bartavelles servies avec une marinade grandiose.  Le soir, lecture ou séance cinéma avec des DVD en version originale mal doublés en russe. On vous propose même de délicieux esquimaux ! Bien qu’on soit seul au monde, entouré de yacks et de bergers à cheval, le portable passe ! Seul chasseur sur une vaste zone pendant une semaine, je disposais pour moi tout seul d'une interprète qui parle un excellent français, d'un chauffeur, d'une cuisinière et d'un guide de chasse. Celui-ci est génial et très sportif en pouvant marcher 30 ou 40 km par jour sans pratiquement rien boire et chaussé de vieilles bottes venant de surplus de l’armée ! Très bonne connaissance du terrain, bonne prise d'initiative pour me rabattre des oiseaux et un œil excellent pour récupérer ceux abattus. Malheureusement, malgré tout, on a quand même perdu quelques oiseaux tombés dans les hautes herbes ou juste désailés, chose qui n'arriverait pas avec un toutou ! 

 

Le fait d’être privé de mon auxiliaire favori m’a empêché de lever des faisans qui piétaient dans les taillis inextricables. Ici, c’est du pur sauvage car ils sont tout simplement dans leur milieu naturel. Pas de difficultés pour voir des poules, que je n’ai pas tirées, mais je n’ai même pas aperçu un coq. Et pourtant, il paraît qu’il y en a beaucoup !

Il n’y avait pas de lièvres dans ma vallée mais certaines zones de l’organisateur en sont plus que généreusement pourvues. J’ai aussi vu quelques gros vols de pigeons ramiers qui commençaient leur migration.

 

Le dernier jour, on retourne à Bichkek pour faire un peu de visite et le soir on vous invite dans le meilleur restaurant de la ville avant de reprendre l’avion vers 1 heure du matin (heure locale). J’ai ainsi pu partager mes souvenirs avec d’autres chasseurs qui étaient allés se mesurer au Marco Polo et à l’Ibex (pas la même altitude et pas le même budget !).

 

Le tableau : 43 bartavelles (avec 3 triplés et 8 doublés), 4 perdrix grises (1 doublé), 3 bécasses (peut être 4 avec celle mangée par le rapace), 2 pigeons ramiers et une bécassine double (plus celle du probable doublé avec la bécasse). Ceci pourrait choquer mais au regard de la très faible pression de chasse par rapport à des densités exceptionnelles, cela reste marginal.

 

A méditer, les paroles des autochtones à la fin de mon séjour: il ne faut pas venir en Septembre car ce n'est pas le meilleur moment, c'est mieux quand il a neigé sur les sommets !

 



Article ajouté le 2007-10-17 , consulté 661 fois

Commentaires


JB le 21/05/2008 à 11:06:42
Bonjour ,

Bravo pour votre recit,il m'a fait litteralement rever.

Avez vous trouvé de bonnes cartouches sur place,ou y êtes vous allés avec vos carouches ?

JB
lol le 03/11/2008 à 21:54:50
Quel voyage !!

Je savais que tu aimais beaucoup voyager.
CB le 13/08/2009 à 22:29:56
On s'y croirait, on a vraiment envie d'y aller ! On sent toute votre passion pour cette chasse hors norme. Bravo et merci

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